Gaspard Proust

TST

Interview téléphonique du 8 février 2011 avec Gaspard Proust

L’impénétrable Gaspard Proust

Ce jeune homme de 34 ans éveille la curiosité. Il ne se revendique ni comme un humoriste ni comme un comique, il ne veut d’ailleurs pas être là et se fout de sa carrière. On le dit cynique, égocentrique, arrogant, il ne laisse personne indifférent tant sur scène que dans la vie.
Il intrigue, difficile de cerner le personnage, tout comme son humour…
Il s’amuse et joue de ce mystère instauré autour de lui et qui lui vaut sans doute son succès d’aujourd’hui. Gaspard Proust désarçonne car avec lui on rit de choses dont il est dit qu’il ne faut pas rire. « Est-ce qu’on peut rire de tout ? Se poser cette question c’est déjà répondre qu’en fait on pourrait rire mais qu’on se l’interdit ; donc la vraie question c’est est-ce que ça vous fait rire ? »
Un paradoxe ambulant ce Gaspard Proust. D’origine suisse ayant vécu en Slovénie, Algérie, France…, il parle 5 langues. Diplômé d’HEC Lausanne, il était il y a peu gestionnaire de fortunes en Suisse. Il adore la musique classique et Houellebecq. Flaubert le fait profondément rire. Sur scène l’empreinte de cette diversité se ressent.
Il offre un anti-spectacle, un anti-jeu avec un point de vue amoral, une vision sur le monde qui est ce qu’elle est selon lui, mais c’est finalement « le public qui est cynique. Suis-je aussi subversif que cela pour avoir un tel consensus autour de moi ? »

On lui loue des airs de Julien Sorrel, jeune homme beau et intelligent, mais dont l’humour est décapant. « Dès qu’on dé-sentimentalise les choses elles nous semblent cruelles. »
Gaspard Proust, un clinicien de l’humour, qui au final intrigue parce que le public se demande si il est dans la vie « le connard désinvolte de son spectacle ? »...

  • Votre spectacle s’appelait à l’origine « Enfin sur scène ? », un point d’interrogation pour souligner l’improbabilité ?

En fait c’est un titre idiot que j’ai renié très vite, comme je le fais avec beaucoup d’autres choses d’ailleurs. Et puis personne ne m’attendait vraiment sur scène.
Avec un égo surdimensionné comme le mien, ce titre encombrait l’affiche et laissait moins de place à mon nom.

  • Vous êtes surpris de faire rire ?

Très bonne question… Oui, quand même un peu. Enfin beaucoup. Il n’y a pas tellement de vannes dans le spectacle au final, c’est plus un constat de certaines choses. Le public ne se rend vraiment pas compte alors !

  • Vous obtenez souvent des 1er prix dans les festivals pour quelqu’un « qui s’en fout ». A quoi pensez-vous qu’est dû votre succès ?

Je ne fais pas exprès d’avoir des 1er prix. C’est peut-être la démarche de ne pas vouloir être là finalement. Je ne crois pas trop aux trucs qu’on choisit. Mon succès d’aujourd’hui est aussi improbable que mes échecs d’avant.

  • Votre carrière sans L. Ruquier ?

Je ne pensais pas vraiment ma carrière avant et pas plus maintenant. Laurent Ruquier n’est pas trop présent ce qui est agréable. Je ne renie pas son aide, j’ai aujourd’hui le privilège d’avoir une infrastructure somptueuse qui me permet de continuer de travailler plus facilement.

  • Une critique qui vous agace par rapport à votre humour ?

Les places ne sont vraiment pas assez chères.

  • Vous avez dit « La limite c’est ce que j’ai envie de dire en fait ». Vous ne vous censurez jamais ? Qui vous conseille pour l’écriture ?

Je me censure quand je trouve un truc pas bon ou pas drôle, ou encore pas assez clair. Je veux parler de choses qui m’intéressent. Je n’ai pas de limites par rapport à Gaspard Proust ni au public. La censure vient plus du style que du fond.
Personne ne me conseille ou alors ce serait le public. J’ai un retour immédiat par onomatopées.
La grande lâcheté du retour !

  • Roscoff vous a semble-t-il permis d’écrire ? Que pensez-vous de la Bretagne ?

Ah… Paris me soûle profondément. Je préfère être ailleurs et c’est vrai que j’aime beaucoup la Bretagne.
J’adore l’océan mais pas quand il fait chaud. En Bretagne j’ai la certitude qu’il pleuvra (au moins une fois dans la journée), que le ciel sera un peu couvert, qu’il y aura des marées puissantes, et ça me convient parfaitement.
En plus je grimpe et il y a beaucoup de granit, ça me permet donc de m’adonner à ce sport.
La cuisine, très diététique, me correspond. Les bretons ont tout compris avec le beurre salé, le kouign-amann…
C’est une région très stimulante pour l’écriture et mon travail me sera utile pour peut-être un jour faire un achat par chez vous.
Roscoff est une espèce de mouroir sublime. J’aime l’opéra, l’image tragique. Il y a un côté très tellurique, un peu comme l’Irlande. Les endroits sont extraordinaires. En plus les bretons sont sympas quand ils sont ivres, des slaves celtiques !
Si vous voulez je peux aussi vous parler de Saint-Pol et de ses champs d’artichauts à perte de vue…
Vraiment, c’est une région que j’aime beaucoup.

  • Quand vous ne serez plus angoissé vous arrêterez ?
    On dit de vous que vous êtes impavide, ne serait-ce pas le contraire ?
    L’humour pour dédramatiser ?

C’est quelque chose de plus tragique qui ne sera révélé qu’à l’acte final. Peut-être que tout est déjà fini mais que les gens ne le savent pas. Tout avait commencé avant.
Je ne crois pas à « derrière chaque comique se cache un clown triste… » et pourtant j’adore me branler intellectuellement !
Je ris simplement de choses sordides. Je ne vais jamais voir de spectacles de comiques, ça ne me viendrait pas spontanément à l’idée de faire un truc pareil. Je suis très casanier et préfère donc rester chez moi.

  • Difficile de vous trouver des personnes que vous admirez. Un réalisateur de cinéma ?

Kubrick pour sa puissance, Visconti et Bergman.
Je n’ai pas de fascination pour les comédiens.
Je me suis tout de même surpris à éprouver une certaine admiration pour Michael Lonsdale lisant Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra ».
J’aime les morts, ils ont une espèce de retenue naturelle.
Mon admiration serait plus liée à la musique classique mais je ne voudrais pas rencontrer Mozart, je n’aurais rien à lui dire. J’aime leur œuvre, pas ce qu’ils sont. Ou alors si je devais leur dire quelque chose ce serait simplement un vrai « Merci », ce qui est beaucoup plus profond qu’un simple « Bravo ». « Merci » est basé sur l’échange.

  • Vous aimez faire rire quand « c’est utile et heureux », c’est ce que vous ressentez sur scène ?

J’ai dit ça ? Plus que de faire rire c’est une histoire de sélection. Je ne suis pas dans l’effet, le rire vient d’endroits où on ne le cherche pas.
Je ne veux pas être un technicien du rire ni un chirurgien cynique et pourtant j’adore l’humour clinique.
J’aime rire !

  • Si vous deviez vendre votre spectacle ? Pitch ?

Ce serait trop facile pour vous. Je ne pitche rien !

  • - Difficile de vous cerner. Vous avez vraiment été critique gastronomique ? Oui
  • Vous êtes né où (Suisse, Algérie, Slovénie) ? Suisse à Château-d’Oex
  • Quelle culture ou nationalité revendiquez-vous le plus ? Je suis de culture occidentale – européenne – judéo-chrétienne. Ma culture va de la Grèce à la Russie en passant par les Balkans, un peu l’Espagne et quelques incursions méditerranéennes par curiosité.
  • Alpinisme, jogging, musique classique… c’est un mélange essentiel pour être bien sur scène ?

Vous remarquerez que ce ne sont que des activités collectives. Non c’est le contraire, c’est pour me sentir bien quand je sors de scène. Pour me prouver qu’il y a autres choses.

  • Vous parlez plusieurs langues, vous avez déjà envisagé une carrière à l’étranger ?

J’ai songé à traduire quelques textes en anglais puisque je suis polyglotte. Je testerais bien le Canada.

  • C’est quoi la suite ?

Rien. J’ai fait mon calcul. J’ai été pas mal dans les journaux, à la TV… On a le droit à 15 mn de célébrité, j’en suis à 14. Il m’en reste donc 1 à griller…

  • Questionnaire de Proust :
  • Le principal trait de votre caractère
    Humanisme
  • La qualité que vous préférez chez une femme
    Sa capacité à habiter un silence
  • Ce que vous appréciez le plus chez vos amis
    Honnêteté. Qu’ils n’essaient pas de me plaire.
  • Votre principal défaut
    Je suis en vie
  • Votre occupation préférée
    Contemplation
  • Quel serait votre plus grand malheur ?
    Déchéance physique. La vie est très douée pour vous inventer des malheurs
  • Ce que vous voudriez être
    /
  • Le pays où vous désireriez vivre
    La Bretagne à la pointe du Raz ou Ouessant.
    Le Bordelais ou la Bourgogne pour le vin.
    La France alors…
    En Italie j’ai aussi trouvé un endroit sublime, une vallée alpine dans le nord où toute la journée on peut rester dans l’ombre
  • Ce que vous détestez par-dessus tout
    Bavardage. Cette nécessité d’être bruyant
  • Le don de la nature que vous voudriez avoir
    /
  • Comment aimeriez-vous mourir
    Après un très grand repas. Mourir de volupté. Un peu comme dans « La grande bouffe » mais pas dans cet excès. Et après avoir pu savourer 5 ou 6 grands crus.
  • État présent de votre esprit
    Amoureux
  • Votre devise
    L’euro

Service culturel 02 98 15 85 70 - Mail

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MAJ 29 novembre 2015 par Communication