Nicole Ferroni - L’œuf, la poule ou Nicole ?

TST, théâtre Sainte-Thérèse - Rue de la Rive - 20 h 30

Humour – One-woman-show – Tout public – Durée 1 h 20

Interview téléphonique - 2 octobre 2012

Un grain de folie et une vraie graine de talent…
« L’œuf, la poule ou Nicole ? » de Nicole Ferroni

Bénis soient les fêlés car ils laissent passer la lumière !
Voici la devise de Nicole Ferroni, qui s’applique parfaitement à son humour de fille déjantée sur scène.

« Elevée au grain, en plein air (appellation d’origine contrôlée), Nicole Ferroni est à l’humour ce que l’écumoire est aux accords de Schengen. »

Laurent Ruquier dit d’elle qu’elle a un don, une vraie nature d’humoriste de la même trempe que des Lemercier, Foresti et Robin. C’est dire si cette ancienne prof agrégée de Sciences et Vie de la Terre a fait le bon choix en changeant de carrière professionnelle et en se dirigeant vers l’humour avec comme passerelle l’envie de transmettre…
Le comique de l’absurde, c’est son fonds de commerce ; ses références ne sont autres que Jacqueline Maillan ou Louis de Funès pour leur jeu très crédible dans une situation qui elle ne l’est absolument pas. Et elle s’en inspire ! Fan inconditionnelle du détail, elle incarne et interprète des personnes, des tranches de vie, un monde qui n’est pas le sien mais qui lui va tellement bien !

Peu de moyens, mais beaucoup de talent, son spectacle elle l’a couvé jusqu’à la ponte de « L’œuf, la poule ou Nicole ? »

  • Si vous deviez pitcher votre spectacle ?

C’est l’histoire d’une poulette qui a envie de faire rire. Ça serait mon pitch parce que c’est mon histoire. Mais sinon c’est une éclosion de personnages.

  • Cela fait deux ans que vous tournez avec ce spectacle , vous y avez apporté de nombreuses évolutions depuis le début ?

Je n’ai rien modifié dans le squelette du spectacle. Quelques retouches, des nuances mais pas de profondes révolutions, ni de gros œuvres !
Je l’ai très peu réécrit. Vis-à-vis de mes sketchs pour l’émission « On ne demande qu’à en rire », je ne fais pas de ponts avec mon one-woman-show. J’aime que mon travail de scène reste sur scène, et que le public découvre quelque chose qu’il n’a pas encore vu. J’ai plus cherché à modifier mon jeu, à donner des choses nouvelles, et à travailler sur la mise en scène.
Des trouvailles me viennent en jouant, mais j’essaie d’élaguer plutôt que d’étoffer. La tonalité est très différente de ce que je fais à la télé.

  • Votre premier festival (Puy-Saint-Vincent) est synonyme de récompense ? Ces prix du public et de la presse ont été importants pour lancer votre carrière à la télé ?

Je ne peux pas dire si ce sont les prix décrochés ou ma rencontre avec les Lascars gays et leur manager, Luc Sonzogni, pendant le festival de Puy-Saint-Vincent qui m’ont permis de connaître la notoriété.
J’avais candidaté en octobre à l’émission « On ne demande qu’à en rire » et je n’avais pas reçu de réponse. Mon spectacle n’était pas créé mais je prévoyais d’en faire un, tout en ayant expliqué que j’étais toujours en activité comme enseignante.
Ma candidature comportait donc des risques, notamment de logistique, puisque je ne pouvais être présente les jours d’enregistrement (le lundi et mardi) ayant cours. Le second risque était d’ordre artistique, car je n’avais pas d’expérience.
Luc Sonzogni s’est renseigné auprès de la production après notre rencontre pour savoir où en était ma candidature. Ma prestation les avait intéressés. Il leur a donc expliqué que je ne travaillais plus.
Et Emilie, qui gère les candidats, m’a recontactée pour participer à l’émission. Mais les prix sont devenus un frein à ma participation à « On ne demande qu’à en rire ». J’étais dans une phase positive de présentation de mon travail. Tout se passait bien et je commençais à avoir de la légitimité. Je craignais de présenter un sketch et de me planter, ça présentait un risque pour moi car maintenant j’avais quelque chose à perdre. J’ai donc répondu par la négative à Emilie… Je ne voulais pas casser la rythmique de la spirale positive !
Et puis, je suis allée deux fois sur le plateau de l’émission pour prendre la température. Emilie m’a proposé une liste de 30 sujets et je pouvais en choisir un qui me plaisait…

  • Qu’avez-vous présenté comme sketchs pour le casting de « On ne demande qu’à en rire » ?

les extra-terrestres

  • Votre père a découvert en regardant l’émission de Ruquier avec vous que vous y passiez, quelle a été sa réaction ?

Il m’a fait beaucoup rire. Il m’a dit « Toi tu es là ?!, eh bien ma fille chapeau ! ». Il n’est pas très expressif mais ça voulait dire qu’il était fier. Par contre ma mère appelle chaque fois ses copines avant que je passe à la télé.

  • Le changement de voie professionnelle s’est-il fait aisément ? De prof de SVT à comique, il y a une marge et vous n’aviez pas une formation tournée particulièrement vers le spectacle.

La reconversion professionnelle s’est faite facilement grâce à l’émission de L. Ruquier.
Actuellement, je n’ai pas peur du lendemain et suis sereine jusqu’au moins juin 2013.
L’émission me permet d’avoir une exposition médiatique face au public et une force professionnelle. C’est une véritable vitrine.
Je fonctionne en autoproduction, je négocie avec les salles, j’envoie mes affiches, etc.
C’est assez laborieux et ça le serait encore plus sans cette légitimité que m’apporte la télé. J’ai un fonctionnement particulier. Certains artistes sont gérés, on les accompagne, on prend les décisions pour eux.
Avec mon expérience à la télé, quand je négocie, je peux voir si on m’entube.
Je n’ai pas connu l’artistique précaire. Dans mon boulot d’enseignante oui, mais d’artiste non. Je n’ai pas galéré. Je ne suis pas passée par la case où l’on essuie les plâtres.
Je suis hyper vigilante. Je tiens à ma nouvelle vie et je n’arrive pas à déléguer. C’est mon bijou, mon bébé et la télé me permet de faire ça. Sinon je devrais avoir quelqu’un pour ma publicité. La télévision m’affranchit.

  • Vous vous retrouvez dans quel humoriste de « On ne demande qu’à en rire » ?

Arnaud Cosson. Il arrive plus tard dans l’émission, il ne bénéficie donc pas de la même envergure médiatique. Il a une écriture folle, un jeu barré. Il se base sur des situations et des personnages, et j’adore.

  • Pour qui achèteriez-vous une place pour un spectacle ?

J’ai acheté des places pour Jean-Lou de Tapia et son spectacle « Jean-Jacques » et Stan pour « Stan n’est pas dupe ».
J’adore les personnages !

  • Vous aimez les contraintes d’écriture, comment avez-vous fait pour votre spectacle ?

Ça a été plus dur et ça m’a pris beaucoup plus de temps. Je m’impose une orientation. Je suis obligée de trouver un cadre dans lequel me développer. J’écris dans une liberté et c’est plus compliqué.
Je pars d’un grain de sable. Par exemple, je parle avec mes potes, un d’eux me dit une phrase débile, je pense à un personnage et la phrase me mène à une situation.

  • Télé, scène, où vous épanouissez-vous le plus ?

Les deux sont complémentaires en termes professionnel et artistique.
La télévision me permet de drainer du monde dans les salles, les professionnels me voient et peuvent ainsi me proposer des rôles.
Mais personnellement, je ne trouve pas les mêmes choses. Sur scène, c’est un moment unique et vrai. Il se passe un truc d’humain à humain. Ce que je fais est intégralement perçu et donné au public en direct et inversement. Il y a un réel échange.
Avec la télévision, on joue pour des gens assis dans leur salon. Il y a le montage, la lumière, nous sommes maquillés. Nous ne sommes pas dans l’instantané.
Par contre, la télé offre un format particulier. Elle me permet de faire des sketchs de 3 minutes, comme une virgule, ça me fait rire, c’est cool. C’est une possibilité pour faire autre chose. Il y a tout le matériel, les costumes et accessoires pour les personnages.

  • Une habitude avant d’aller sur scène ?

J’en ai moins qu’au début mais c’est parce que je joue plus loin et que je n’emmène pas la totalité de mon matériel.
Pour la superstition… au début je collais une enveloppe sous mon tabouret aves des cartes de tarot. J’ai un « tarot d’humeur ». J’avais donc choisi 4 cartes : maturité (dans le sens du fruit mûr), la joie, la naissance et le Mat qui est le fou dans le tarot marseillais. C’est la carte des risques et c’est bien pour les artistes.

  • Quels sont les projets en cours ou à venir ?

Il y a le « Ondar show ». Pour le moment je suis dans l’expectative. Je ne fais pas partie des auteurs. Je serai dans l’émission du 6 octobre 2012 mais je n’ai pas de sketch.
A la télé, je participe à la série « VDM » sur NT1 mais en pastille. J’interprète un personnage récurrent qui apparaît juste 30 secondes par épisode.
A la radio je suis chroniqueuse sur France inter dans l’émission de Frédéric Lopez « On va tous y passer ».
Au cinéma je jouerai dans le film de Jérémy Ferrari qui devrait être tourné en mai-juin 2013.
Et j’ai le second rôle dans le film de Rémi Gaillard.

  • Le registre tragique attire souvent les humoristes, et vous ?

Ah oui, vraiment ! J’aime me frotter à des choses nouvelles. Il y a une vraie mise en danger.
Dans l’idéal, je voudrais jouer du tragique et en vers.

  • Un rapport quelconque avec la Bretagne ?

J’ai joué à Loudéac il y a quelques jours.
Je pense qu’il y a une migration des bretonnes vers les Bouches-du-Rhône. Elles doivent être plus couillues que les bretons et elles suivent les hommes plus facilement.
J’ai 3 copains qui sont mariés à des bretonnes.
Et le cidre est le seul alcool que je boive volontiers à table ! Je n’aime pas le vin ni la bière

  • Questionnaire de Bernard Pivot :
  • Votre mot préféré ? Clapotis
  • Le mot que vous détestez ? Cruauté
  • Votre juron, gros mot ou blasphème favori ? Connard
  • Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ? Huissier de justice
  • Questionnaire de Marcel Proust :
  • Le principal trait de votre caractère Jovial
  • La qualité que vous préférez chez un homme Sincère
  • Votre principal défaut. Un penchant pour la procrastination
  • Comment aimeriez-vous mourir. D’une overdose. Je ne me drogue pas mais pourquoi pas d’un shoot d’héro, ça serait l’occasion de tester !
  • État présent de votre esprit. Curieuse
  • Votre devise. Bénis soient les fêlés car ils laissent passer la lumière !

Son spectacle, elle le couvait depuis des années. Comment expliquer sinon que Nicole Ferroni, ancienne enseignante en biologie, ait eu la bonne idée de jeter la craie au profit de la scène ?

Résultat de cette évasion audacieuse : une lente incubation et, au final, ce premier spectacle sorti de sa nouvelle coquille, L’œuf, la poule, ou Nicole ?
De cette nichée surgissent des personnages inattendus…
De l’odieuse bourgeoise à l’ingénue gamine qui rêve de transformer son frère en « nuggets », du rappeur engagé prenant fait et cause pour le lapin de Chantal Goya contre le chasseur, à la diva déchue en mal de confidences amoureuses,

Nicole Ferroni, nous concocte là une omelette rissolée à sa façon.
A table ! Les œufs sont faits !

Révélée par l’émission « On ne demande qu’à en rire » sur France 2, Nicole Ferroni vient nicher pour la première fois au TST.

A voir : Nicole Ferroni

MAJ 4 septembre 2016